Le terme consacré pour décrire l’industrie du livre s’efforce de le placer comme produit d’une chaîne de production ; ainsi, la « chaîne du livre » enchaînerait ses maillons standardisés, avec leur mobilité retreinte, leur rôle circonscrit et une homogénéité comptable, depuis la création jusqu’à la vente – le pilon, la circulation hors-marché restant alors des externalités. Cette vision réduit à l’invisibilité la diversité des métiers du livre, leur art et leur artisanat, leur technê, pour affranchir les spéculateurs et les industriels de leur rôle délétère dans l’expression et la transmission des récits, des imaginaires et des savoirs. Le récit de la « chaîne du livre » enchaîne notre imaginaire à une vision mercantiliste du livre.
Or, nous pænsons que le livre n’est pas une marchandise ; le livre matérialise la symbiogenèse des interdépendances humaines, la transmission des connaissances (naître ensemble) d’une génération à l’autre, d’une culture à l’autre, qui fait de nous une famille humaine, une continuité parmi le brouhaha des voix et des chants diverz qui peuplent notre planète. Ainsi, pour saluer cette interdépendanse, cette danse qui nous anime en tant qu’habitanz vivanz de la seule planète habitable connue ou atteignable dans l’univers, nous préférons parler d’écosystème du livre.
L’écosystème du livre reconnaît la diversité des métiers nécessaires à la matérialisation d’un livre depuis l’idée jusqu’au plaisir de la lecture, observe la matérialité de l’objet depuis l’arbre et l’eau précieuse sacrifiæs pour sa fabrication, l’infrastructure de papeterie, d’imprimerie, des transports qui acheminent la matière première aux usines, les papiers, les machines et les encres, l’électronique et les communications qui font d’une idée une collaboration et de cette agitation un objet disponible pour transmettre, d’une personne à l’autre, d’une génération à l’autre, cette singularité de livre ; et aussi, outre le processus séquentiel de la production réduite à une « chaîne », les enjeux de pouvoir et de domination, le gaspillage et l’occupation de l’espace et de l’attention que la notion de « chaîne du livre » voudrait lisser dans le cliquetis d’une simplification outrancière.
Ici nous accueillons l’ensemble des actaires de l’écosystème du livre, qui créent le livre, qui vivent par le livre, qui le consomment et apprennent du livre et qui s’interrogent sur sa pérennité, son utilité, ses limites et ses enjeux. Autaires, lectaires, éditaires, traductaires, correctaires, maquettistes, illustrataires, imprimaires, papetiærs, diffusaires, distributaires, libraires et bibliothécaires, critiques littéraires et bouquinistes… (cette liste est loin d’être exhaustive) ne sont pas de simples maillons mais des singularités qui s’entremêlent et s’influencent, pour apprécier le livre et envisager un espace symbiotique de coopération.
Cet espace est une invitation à interroger la bibliodiversité, la spécificité des métiers, les formations professionnelles, l’action syndicale, les alliances interprofessionnelles…
Cette notion d’écosystème du livre vise à transformer notre relation à la lecture. Elle est inspirée de Annuaire > Association pour l'Écologie du Livre et notamment du texte Peut-on être indépendant•e dans un monde interdépendant ? – Association pour l’écologie du livre et du livre Le livre est-il écologique ?, – Matières, artisans, fictions – Éditions Wildproject