Pour le logiciel libératif dans le monde du livre indépendant

Le logiciel libératif opère la libération de ses usagærs : au-delà du « libre » il constitue un élément d’organisation humaine motrice d’émancipation concrète et solidaire dans un monde hostile.

Quels logiciels sont concernés ?

Parmi les logiciels qui concernent l’écosystème du livre, l’étiquette logiciel présente une variété d’outils à destination des différents métiers du livre indépendant.

Nous pouvons noter particulièrement :

  • Annuaire > Inventaire qui utilise WikiData pour partager des données publiques et donc faciliter l’agrégation d’information pertinente pour les éditaires, les libraires et les bibliothécaires sur les livres ;
  • Annuaire > Abelujo et Annuaire > Biblys qui fournissent des logiciels pour la gestion d’une librairie ;
  • Annuaire > Be-BOP qui offre aux éditaires une boutique en ligne et un système de peerfunding ;
  • Annuaire > Bookwyrm qui permet aux lectaires de socialiser librement et de manière décentralisée et fédérée autour de leurs lectures préférées ;
  • Annuaire > WHOISBN qui offre un moyen simple pour les bibliothécaires, les libraires et les lectaires de favoriser l’édition indépendante lors de leurs acquisitions de livres neufs…

Qu’est-ce que le logiciel libre ?

Vous connaissez sans doute le lecteur vidéo VLC, la suite bureautique LibreOffice ou avez entendu parlé de Linux et d’Android ; pour le moins, la notion d’open source a déjà heurté votre tympan, votre rétine ou vos neurones. À l’origine de tout cela, c’est-à-dire de la domination au quotidien du monde électronique et de l’internet se trouve la notion de « logiciel libre », définie au début des années 1980 dans le cadre du projet GNU (GNU’s Not Unix) pour différencier une approche extractiviste de l’informatique – ou privatrice, d’une approche à visée commune, tel le partage des connaissances dans les milieux scientifiques et culturels.

Un logiciel est dit libre s’il garantit à ses usagærs quatre libertés fondamentales : l’usage, l’étude, la modification et la transmission. La disponibilité de son code source, c’est-à-dire les instructions qui permettent à la machine d’effectuer les tâches qui lui sont confiées, est indispensable à l’exercice de ces quatre libertés.

D’abord combattu ardemment par les géants du logiciel, la philosophie du logiciel libre a finalement renversé la domination mercantile et fournit aujourd’hui la grande majorité des logiciels d’usage courant. L’internet lui-même et l’ensemble des logiciels qui me permettent d’écrire ce texte, de le diffuser et très probablement vous permet de le lire, sont du logiciel libre.

Pourtant, une double catastrophe s’est produite en cours de route. La première fut l’élimination de la dimension politique du logiciel libre pour le réduire à des aspects techniques (dont la disponibilité du code source et les méthodes collaboratives de fabrication) et la seconde le revirement des géants du logiciel qui ont embrassé, étendu et éteint la flamme du logiciel libre. Car aujourd’hui, même si techniquement le logiciel libre est dominant, dans les faits ce sont des multinationales qui en dictent le plus souvent les règles. D’ailleurs, Android, qui est présent sur la plupart des ordiphones est verrouillé de tous côtés, notamment au niveau matériel, ce qui réduit la capacité d’innover librement, et aussi de manière policière, dans le sens où l’usage d’un système libre alternatif sur son téléphone peut être le motif d’une suspicion terroriste et d’une intervention visant à violer la vie privée des usagærs contientieuz.

Pourquoi libératif ?

L’ordinateur est et restera un outil du capitalisme. Le monde numérique, depuis la mine jusqu’à ses déchets et les guerres qui le portent, nous restera hostile. Si la notion de logiciel libre adresse la nature du logiciel, nous voyons bien que cela ne suffit pas à garantir aujourd’hui les libertés individuelles et collectives promises par le logiciel libre.

Le terme libératif consiste à préciser l’enjeu du logiciel libre, dans le sens où celui-ci doit servir à l’organisation humaine qui permettra l’émancipation de ses usagærs, sans quoi il rate sa vocation. Car c’est bien d’un accompagnement à l’organisation, dans le sens d’une action syndicale visant au soutien d’intérêts communs de touz les actaires du livre indépendant que cette notion s’adresse.

Par logiciel libératif, nous entendons une démarche coopérative, en solidarité, des personnes qui fabriquent et des personnes qui utilisent le logiciel, dans l’objectif de favoriser l’émergence, l’amélioration et la pérennité d’outils professionnels susceptibles de diminuer les coûts de production et d’exploitation, de facilité l’interopérabilité des outils dans l’ensemble de L'écosystème du livre.

pourquoi pas libérateur ou émancipateur ?

Nous pourrions pencher pour l’un des termes synonymes de libératoire ou de libérateur, mais ces deux-là sont déjà utilisés dans des contextes spécifiques où ils signifient la levée de contrainte ; al s’agit là de différencier une essence d’une disposition à l’émancipation. Le terme « logiciel émancipateur », qui pose le même écueil essentialiste consistant à doter un outil d’une puissance libératrice, a d’ailleurs été utilisé mais n’a pas retenu l’attention. Je n’imagine pas que le logiciel libératif puisse connaître un meilleur sort, toutefois il me paraît utile pour préciser les enjeux dans le cadre de nos discussions ici-même.

Comment contribuer ?

Nous attendons avec impatience, parmi ces outils, l’apparition d’OpLibris qui promet de devenir un logiciel important pour diverz actaires de l’écosystème du livre indépendant, notamment pour la gestion des fournissaires et clienz des maisons d’édition et la gestion des droits.

Si vous utilisez l’un ou l’autre des logiciels dans l’annuaire, vos retours d’expérience sont appréciés. Chaque logiciel possède ses propres canaux de développement, toutefois l’intersection des usages et de la fabrication ici permet d’envisager des collaborations inédites pour l’interopérabilité ou le financement de ces outils. La mise en commun et la préférence des outils libératifs permet une montée en puissance propre à transformer les relations des métiers du livre aux techniques numériques.

Si le logiciel dont vous rêvez n’est pas encore sur votre radar, vous pouvez en discuter et le proposer dans la Forge logicielle – cette catégorie ne vous est peut-être pas encore accessible : dans ce cas, continuez d’explorer l’accueil ! – où vous pourrez préciser vos besoins spécifiques, exposer vos idées et pourquoi pas découvrir que le logiciel de vos rêves est déjà existant ou en cours d’élaboration.

Créons ensemble un pôle technique

Votre capacité à imaginer l’avenir de votre profession permettra à chacan de profiter des innovations techniques dans l’esprit d’une mise en commun des expériences et des outils portée par ce forum.

Annuaire > Abelujo, par exemple, est né de la demande expresse de libraires et bibliothécaires qui, lors de la période de confinement général en 2020, voyaient leurs ventes s’effondrer. Le logiciel sert depuis une communauté grandissante de librairies indépendantes.

Annuaire > Biblys répond aux besoins des libraires depuis deux décennies et a récemment fait le pari du logiciel libre, avec succès !

Ces expériences doivent nous encourager à consolider nos liens et converser au rythme de notre interdépendanse !